Emanuel Ringelblum
Emanuel Ringelblum (né le 21 novembre 1900 à Buczacz, mort le 10 mars 1944 à Varsovie) fut historien, enseignant, militant social et créateur du groupe clandestin Oneg Shabbat. Il est surtout entré dans l’histoire comme l’initiateur de l’Archive souterraine du ghetto de Varsovie, connue aujourd’hui sous le nom d’Archive Ringelblum.
Historien et militant social
Ringelblum grandit en Galicie. Après la Première Guerre mondiale, il se lia à Varsovie, où il étudia l’histoire à l’Université de Varsovie. En 1927, il soutint une thèse consacrée à l’histoire des Juifs dans la Varsovie médiévale.
Avant la guerre, il étudia l’histoire des Juifs polonais, enseigna, publia et s’engagea dans l’action sociale. Il était lié au mouvement Poale Zion-Gauche et à des institutions étudiant l’histoire et la culture juives. Il travailla aussi dans l’aide sociale, notamment au sein du Joint. En 1938, il aida les Juifs expulsés d’Allemagne et retenus à Zbaszyn.
Dans le ghetto de Varsovie
Après la création du ghetto de Varsovie, Ringelblum travailla à l’Entraide sociale juive. Cette activité lui donnait des contacts avec de nombreux milieux et un accès aux informations sur la situation de la population juive sous l’occupation.
Dès le début de la guerre, il nota le destin des Juifs. À l’automne 1940, il organisa le groupe clandestin Oneg Shabbat, « Joie du sabbat ». Ses membres se réunissaient secrètement et rassemblaient des documents sur la vie dans le ghetto : journaux, lettres, témoignages, ordres, presse, dessins et études.
Oneg Shabbat
Ringelblum ne voulait pas seulement créer une chronique des événements. Il tenait à un témoignage aussi large que possible de la vie d’une communauté en cours de destruction : faim, travail, déplacements forcés, résistance, entraide, culture, religion et tentatives quotidiennes de survie.
Les collaborateurs d’Oneg Shabbat étaient historiens, enseignants, écrivains, économistes, rabbins et militants sociaux. Leur travail était une forme de résistance intellectuelle. Il devait préserver une parole écrite par les victimes et les témoins avant qu’elle ne soit étouffée par la propagande allemande et l’anéantissement physique.
L’archive à Nowolipki
L’oeuvre la plus importante de Ringelblum fut l’Archive Ringelblum. Les deux parties retrouvées après la guerre furent cachées dans les caves de l’école Ber Borochov, à l’ancienne adresse du 68 rue Nowolipki.
La première partie fut déposée dans des caisses métalliques à l’été 1942, pendant la grande action de déportation. La seconde, placée dans des bidons à lait, fut cachée en février 1943. Après la guerre, elles furent extraites des ruines de Muranow : la première le 18 septembre 1946, la seconde le 1er décembre 1950.
Les derniers mois
En février 1943, Ringelblum, avec son épouse Judyta, quitta le ghetto et se cacha dans le bunker « Krysia » au 81 rue Grojecka, construit par la famille Wolski. Son fils Uri les rejoignit aussi dans la cachette. Ringelblum retourna encore dans le ghetto pour observer les événements et sauver des documents.
Le 7 mars 1944, la cachette fut découverte. Les Juifs cachés et leurs protecteurs furent emmenés à la prison de Pawiak. Probablement le 10 mars 1944, Emanuel Ringelblum, son épouse Judyta, leur fils Uri et les autres prisonniers furent fusillés dans les ruines du ghetto.
Héritage
Ringelblum ne survécut pas à la guerre, mais l’oeuvre à laquelle il consacra ses dernières années a survécu. L’Archive Ringelblum est aujourd’hui l’un des témoignages les plus importants de la Shoah des Juifs polonais. En 1999, elle fut inscrite au registre Mémoire du monde de l’UNESCO; la collection est conservée à l’Institut historique juif Emanuel Ringelblum à Varsovie.