L'Archive Ringelblum à Nowolipki
L’Archive Ringelblum, appelée aussi Archive souterraine du ghetto de Varsovie, fut un ensemble clandestin de documents créé dans le ghetto de Varsovie à partir de l’automne 1940. Elle fut initiée par l’historien Emanuel Ringelblum, et le travail fut mené par le groupe secret Oneg Shabbat, « Joie du sabbat ».
Le groupe voulait documenter la vie juive sous l’occupation allemande : le quotidien du ghetto, la faim, les déplacements forcés, le travail imposé, la résistance, les actions de déportation et la Shoah. Il collectait témoignages, journaux, lettres, documents officiels, presse clandestine, dessins, photographies et études préparées spécialement pour l’archive.
Oneg Shabbat
Oneg Shabbat agissait dans une stricte clandestinité. Les collaborateurs de Ringelblum étaient historiens, enseignants, écrivains, militants sociaux et personnes engagées dans l’aide sociale. Leur travail était une forme de résistance : puisque la propagande allemande falsifiait l’image de la Shoah, l’archive devait préserver un témoignage écrit par les victimes et les témoins.
Avec le temps, la documentation couvrit non seulement Varsovie, mais aussi le destin des Juifs dans d’autres régions de la Pologne occupée. C’est pourquoi l’Archive Ringelblum est aujourd’hui l’une des sources les plus importantes pour l’histoire de la Shoah.
Nowolipki 68
Le lien de l’archive avec Nowolipki est direct. Dans les caves de l’école Ber Borochov, à l’ancienne adresse du 68 rue Nowolipki, furent cachées deux parties de la collection retrouvées après la guerre. La première, emballée dans des caisses métalliques, fut cachée à l’été 1942 pendant la grande action de déportation du ghetto. La seconde, placée dans des bidons à lait, fut mise en sûreté en février 1943.
Le bâtiment de l’ancien 68 rue Nowolipki n’a pas survécu à la guerre. Son emplacement correspond aujourd’hui aux environs de la place entre les immeubles Nowolipki 28 et 30.
Non loin, au 18 rue Nowolipki, l’église Saint-Augustin survécut parmi les bâtiments détruits du ghetto. Les deux lieux appartiennent à la même strate de mémoire du Muranow d’après-guerre : ruines, repères préservés et histoires cachées sous le nouvel ensemble résidentiel.
Découverte
La première partie de l’archive fut extraite des ruines le 18 septembre 1946. Les recherches furent guidées par des collaborateurs survivants d’Oneg Shabbat. On retrouva alors dix caisses métalliques de documents.
La deuxième partie fut découverte par hasard le 1er décembre 1950, pendant des travaux de construction du nouveau quartier Muranow. Les ouvriers tombèrent sur deux bidons à lait contenant d’autres documents.
La troisième partie de l’archive n’a jamais été retrouvée.
Importance
Les documents conservés comptent environ 25 000 pages. Ils comprennent des matériaux officiels, témoignages, correspondance privée, textes littéraires, travaux d’enfants et traces de la vie sociale. Leur caractère exceptionnel tient au fait qu’ils furent créés de l’intérieur d’une communauté détruite, souvent au moment où les auteurs savaient déjà qu’ils pourraient ne pas survivre.
En 1999, l’Archive Ringelblum fut inscrite au registre Mémoire du monde de l’UNESCO. La collection est conservée à l’Institut historique juif Emanuel Ringelblum à Varsovie.
Commémoration
En 2021, un mémorial marquant le lieu de découverte de la première partie de l’archive fut inauguré sur la place entre les immeubles Nowolipki 28 et 30. Le projet de Lukasz Mieszkowski et Marcin Urbanek rappelle que, sous le Muranow contemporain, demeure encore une couche de ruines de l’ancien ghetto et d’histoires qui y furent enregistrées.